Votre client est installé au Canada, en Corée du Sud ou aux Émirats arabes unis. La commande est validée, il ne reste plus qu’à envoyer la facture.
Dans les faits, c’est souvent à ce moment-là que les erreurs surviennent. Beaucoup d’entreprises repartent de leur modèle de facture habituel, modifient les coordonnées du client, puis l’envoient sans adapter les mentions liées à l’export.
Or, une facture hors UE ne se traite pas comme une facture française classique. La TVA française ne s’applique pas, certaines mentions doivent être précisées, et la description des biens peut être déterminante pour le passage en douane.
Mentions obligatoires, formulation TVA, devise, preuve d’exportation, erreurs fréquentes : voici les points à vérifier avant d’envoyer une facture export hors UE.
Quelles sont les mentions obligatoires sur une facture export hors UE ?
Une facture export reprend d’abord les mentions habituelles d’une facture conforme classique : numéro de facture, date d’émission, prix et conditions de paiement, etc.
Ces éléments sont détaillés dans notre article sur les mentions obligatoires d’une facture.
À ces mentions, s’ajoutent, d’autres informations spécifiques : pays de destination, numéro d’identification à la TVA, devise, mention TVA adaptée, description précise des biens, etc.
Les informations obligatoires du vendeur et du client étranger
La facture doit identifier sans ambiguïté les deux parties (vendeur et acheteur).
Pour le vendeur (vous) :
- Dénomination sociale et adresse complète
- Numéro SIREN ou SIRET
- Numéro de TVA intracommunautaire (même si la TVA n’est pas applicable, il authentifie votre statut d’assujetti auprès des douanes)
- Coordonnées bancaires : IBAN et BIC/SWIFT pour les paiements internationaux
Pour l’acheteur étranger (pays tiers) :
- Raison sociale et adresse complète dans le pays de destination
- Numéro d’identification fiscale local, si disponible et communiqué
- Pays de destination mentionné explicitement
Important : la mention du pays tiers conditionne directement l’existence d’une exonération de TVA. Sans elle, l’administration fiscale peut contester le régime appliqué.
Le détail des biens ou des prestations exportés
Pour une vente de biens, chaque ligne de facture doit comporter :
- La désignation précise du produit (libellé suffisamment détaillé pour les services douaniers)
- La quantité et l’unité de mesure
- Le prix unitaire hors taxe
- Le montant total hors taxe par ligne
La douane s’appuie sur ces informations pour identifier et contrôler les marchandises au passage de la frontière. Une désignation trop vague, comme « divers matériels » ou « marchandises diverses », peut ralentir le dédouanement, voire entraîner un blocage.
Pour une prestation de service réalisée pour un client hors UE, l’enjeu est différent, mais le niveau de précision reste important. La facture doit décrire clairement la nature de la mission, la période concernée, le volume facturé et le tarif appliqué. Cela permet de justifier l’opération en cas de contrôle comptable ou fiscal.
Les mentions de paiement, devise et conditions de règlement
Certaines mentions restent les mêmes que pour une facture classique : date d’émission, numéro de facture basé sur une séquence chronologique continue, date de livraison ou de réalisation de la prestation, conditions de paiement et pénalités de retard.
Pour une facture export hors UE, il faut surtout être vigilant sur la devise de facturation. La facture peut être émise en euros ou dans une devise étrangère. Dans ce second cas, elle doit indiquer le taux de change appliqué et sa source de référence, par exemple le taux BCE.
Les mentions légales obligatoires liées à la TVA en exportation
Une facture export hors UE est émise sans TVA française. Cette absence de TVA doit toutefois apparaître clairement sur la facture, avec une mention particulière adaptée au type d’opération :
- pour une vente de biens : « TVA non applicable, article 262 I du Code Général des Impôts » ;
- pour une prestation de service : « TVA non applicable, autoliquidation par le preneur, article 259 du Code Général des Impôts ».
Exonération de TVA : quelles règles pour une facture hors UE ?
Pourquoi la TVA ne s'applique pas à l'export ?
L’article 262 I du CGI exonère de TVA les livraisons de biens expédiés hors de France vers un pays tiers. L’exonération est de droit, à condition de justifier que les biens ont effectivement quitté le territoire de l’UE. Aucun montant de TVA ne doit figurer sur la facture. Si vous la facturez à tort, elle est due au Trésor public et votre client étranger ne peut pas la récupérer.
Différence entre vente de biens et prestation de services
Pour une vente de biens, l’exonération est automatique dès que les marchandises quittent physiquement l’UE.
Pour une prestation de service, la logique est différente. Selon l’article 259 du CGI, une prestation fournie à un professionnel assujetti établi hors UE n’est pas imposable en France : c’est le preneur qui déclare et règle la TVA dans son propre pays. D’où la mention « autoliquidation par le preneur ».
Si votre client est un particulier non assujetti (personne physique), les règles varient selon la nature de la prestation. À vérifier avec votre expert-comptable avant d’émettre votre facture.
Les cas particuliers à vérifier avant d’émettre la facture export hors UE
Certaines opérations hors UE demandent une vérification supplémentaire avant d’émettre la facture.
C’est notamment le cas :
- des ventes à des organismes internationaux ou diplomatiques, qui peuvent bénéficier de régimes d’exonération spécifiques ;
- des biens transformés en France avant leur exportation, lorsque l’exonération reste possible si les biens quittent bien le territoire de l’Union européenne ;
- de certaines prestations de services, pour lesquelles le risque de double imposition doit être vérifié selon le pays du client et les conventions fiscales applicables.
Dans ces situations, mieux vaut valider le traitement fiscal avec votre expert-comptable avant d’envoyer la facture.
Et pour les factures intracommunautaires ?
Voici les points clés à vérifier pour être en règle lorsque vous facturez une entreprise dans un autre pays de l’Union européenne :
- Vérifiez le numéro de TVA de votre client : assurez-vous que votre client professionnel possède bien un numéro de TVA intracommunautaire valide dans son pays.
- Facturez hors taxes (HT) : si votre client est un professionnel assujetti à la TVA, vous pouvez émettre une facture sans TVA. C’est ce qu’on appelle l’autoliquidation : votre client paiera lui-même la TVA dans son pays.
- Ajoutez les mentions obligatoires : n’oubliez pas d’inscrire le numéro de TVA de votre client et le vôtre sur la facture, ainsi que la mention « Exonération de TVA, article 262 ter I du CGI ».
- Déclarez l’opération : vous devez ensuite déclarer cette vente dans vos déclarations de TVA (via la DEB, Déclaration d’Échange de Biens, ou la DES, Déclaration Européenne de Services) pour garantir la traçabilité de la transaction.
Comment faire une facture pour l’exportation hors Union européenne ?
Peut-on facturer un client hors UE en devise étrangère ?
Oui. Une facture export peut être émise en euros ou dans une devise étrangère, comme le dollar, la livre sterling ou le dirham.
Si vous facturez dans une devise étrangère, deux précautions sont à prendre :
- convertir le montant en euros pour votre comptabilité, au taux applicable à la date de la facture ;
- indiquer sur la facture le taux de change utilisé et sa source de référence, par exemple le taux BCE.
En pratique, deux options sont possibles :
- émettre une facture en devise étrangère, avec la contre-valeur en euros ;
- émettre une facture uniquement en euros, souvent acceptée par les clients professionnels internationaux.
Si le client règle la facture dans une devise étrangère, un écart de change peut apparaître au moment de l’encaissement. Il sera alors comptabilisé comme un gain ou une perte de change.
Preuve et déclaration d’exportation : les documents à conserver
Pour une vente de biens hors UE, l’exonération de TVA doit pouvoir être justifiée. Autrement dit, vous devez prouver que les marchandises ont bien quitté le territoire de l’Union européenne.
En pratique, cette preuve repose sur les documents liés à l’exportation : déclaration douanière, justificatif de sortie, documents de transport, facture commerciale, etc. La nature exacte des pièces à conserver peut varier selon l’opération, le mode de transport et l’organisation logistique retenue.
Sans justificatif suffisant, l’administration fiscale peut remettre en cause l’existence d’une exonération et réclamer la TVA correspondante.
Facture export hors UE : les bons réflexes comptables
Comment comptabiliser une facture export hors UE ?
Une facture export hors UE se comptabilise sans TVA collectée :
- Compte 707 pour les ventes de marchandises
- Compte 706 pour les prestations de services
- Compte 411 pour la créance client
Si la facture est libellée en devise étrangère, la comptabilisation se fait au taux du jour de l’opération. Les écarts de change constatés à l’encaissement sont enregistrés en compte 656 en cas de perte de change, ou en compte 756 en cas de gain de change.
Les erreurs fréquentes à éviter
Erreur 1 : facturer la TVA française à un client hors UE
Conséquence possible : la TVA facturée à tort reste due au Trésor public et n’est pas récupérable par le client étranger.
Erreur 2 : oublier la mention TVA adaptée
La facture peut être considérée comme non conforme en cas de contrôle fiscal.
Erreur 3 : utiliser une désignation trop vague des biens
Dans cette situation, le dédouanement peut être ralenti, voire bloqué.
Erreur 4 : ne pas indiquer le taux de change sur une facture en devise étrangère
Le suivi comptable devient alors plus difficile et la facture peut poser problème en cas de contrôle fiscal.
Erreur 5 : ne pas conserver la preuve d’exportation
L’exonération de TVA peut être remise en cause.
Facture export hors UE et facturation électronique : ce qu’il faut retenir
La réforme de la facturation électronique, dont l’entrée en vigueur est prévue à partir de septembre 2026, concerne les transactions B2B réalisées en France.
Les factures adressées à des clients situés hors UE ne font donc pas partie du périmètre obligatoire.
Pour autant, les factures export ne doivent pas être traitées à part ou gérées de manière approximative. Elles restent soumises aux règles classiques de facturation : mentions obligatoires, justification de l’absence de TVA, conservation des documents liés à l’exportation, suivi comptable et traçabilité.
L’enjeu est donc moins de transmettre ces factures via le circuit de facturation électronique que de les intégrer dans une gestion fiable et homogène de vos factures. Le même outil peut servir à traiter vos factures françaises, européennes et hors UE, avec les bons paramètres selon le client, la devise et le type d’opération.
C’est aussi un moyen de limiter les erreurs fréquentes : appliquer une TVA par défaut, oublier une mention d’exonération, mal gérer une facture en devise ou perdre la preuve d’exportation.
Pour une entreprise qui facture en France et à l’étranger, la réforme est l’occasion de remettre à plat l’ensemble de ses pratiques, y compris pour les opérations hors UE. Un logiciel de facturation comme EBP gère ces paramètres et automatise ces opérations.
Si vous voulez comprendre comment une facture électronique est traitée de bout en bout, notre article sur le cycle de vie des factures électroniques détaille les étapes. Et pour les implications en cas de contrôle fiscal, consultez notre guide facture électronique et contrôle fiscal.
Mentions obligatoires facture export hors UE : les questions fréquentes
Quelle mention TVA mettre sur une facture export hors UE ?
Pour une exportation de biens : « TVA non applicable, article 262 I du CGI ».
Pour une prestation de service à un professionnel hors UE : « TVA non applicable autoliquidation par le preneur, article 259 du CGI ».
La TVA export est-elle toujours à 0 % ?
Pour les biens exportés hors UE, oui. L’exonération est de droit dès lors que la sortie du territoire est justifiée par le certificat de sortie douanier. Pour les services, tout dépend de la nature de la prestation et du statut (assujetti ou non) du client.
Peut-on facturer en dollars ?
Oui, à condition d’indiquer le taux de change appliqué sur la facture et de convertir le montant en euros pour votre comptabilité.
Une facture export non conforme peut-elle entraîner un redressement ?
Oui. L’absence de mention TVA conforme ou l’impossibilité de produire la preuve d’exportation exposent à une remise en cause de l’exonération et à un rappel de TVA, majoré de pénalités et d’intérêts de retard.
Quelle TVA appliquer en exportation et importation ?
En matière d’exportation, les livraisons vers un pays hors de l’UE sont généralement exonérées de TVA, à condition de prouver la réalité de l’exportation (documents douaniers, preuves de transport, etc.).
Concernant l’importation, la TVA est due dans le pays d’entrée des marchandises. En France, cette TVA est récupérable sous conditions si l’importateur est assujetti. Depuis 2022, elle peut être autoliquidée directement sur la déclaration de TVA, ce qui simplifie les démarches.