Le délai de facturation désigne le temps qui s’écoule entre la réalisation d’une prestation ou d’une livraison et l’émission de la facture correspondante. La loi l’encadre précisément, avec des règles qui varient selon le type d’opération, le secteur d’activité et la nature des parties.
Ce guide fait le point sur les obligations légales, les délais de paiement associés, les cas particuliers à connaître, et les sanctions encourues en cas de manquement.
Quel est le délai légal pour émettre une facture ?
Le principe : facturer dès la réalisation de la prestation ou de la livraison
La règle de base est posée à l’article 289 du CGI : la facture doit, en principe, être émise dès la réalisation de la prestation ou de la livraison.
Pour la vente de biens entre professionnels, l’article L441-9 du Code de commerce va dans le même sens : la facture doit être établie dès la réalisation de la vente ou de la prestation de services.
Les cas où un délai supplémentaire est autorisé
Deux exceptions coexistent, avec des conditions strictes.
Pour les livraisons intracommunautaires et les opérations en autoliquidation de TVA, le CGI autorise un délai jusqu’au 15 du mois suivant le fait générateur.
Pour les prestations répétées entre professionnels, l’article 289 II 3° du CGI autorise la facture récapitulative mensuelle, à condition qu’elle soit émise au plus tard à la fin du mois suivant. Cette tolérance s’applique aux :
- abonnements ;
- livraisons régulières ;
- prestations de service et d’entretien récurrentes.
Elle ne dispense pas l’entrepreneur de réaliser une facture conforme à chaque émission.
Délai de facturation et délai de paiement : quelle différence ?
C’est la confusion la plus répandue pour les entreprises. Ces deux notions ne partent pas du même point et n’obéissent pas aux mêmes règles.
Délai de facturation : quand envoyer la facture
Nous l’avons vu : le délai de facturation court à partir de la réalisation de la prestation de services ou de la réception des marchandises par le client dans le cas d’une vente de biens. L’obligation est immédiate – ou mensuelle dans les cas autorisés. C’est l’émetteur qui est concerné, il encourt des sanctions en cas de non-respect de la réglementation sur la facturation.
Délai de paiement des factures : quand le client doit régler
Le délai de paiement commence à courir à partir de la date d’émission de la facture ou de la date de réception des marchandises. Ce n’est pas le même point de départ. C’est le destinataire qui est concerné. Il peut se retrouver soumis à des pénalités de retard s’il laisse dépasser la date.
Tableau récapitulatif des délais de facturation et de paiement
|
Délai de facturation |
Délai de paiement |
|
|
En bref |
Quand émettre la facture |
Quand le client doit régler |
|
Point de départ |
Réalisation de la livraison/prestation |
Réception de la facture |
|
Délai standard |
Immédiatement après la réalisation de la livraison/prestation |
30 jours par défaut |
|
Délai maximum autorisé |
Mensuel (cas B2B récurrents) |
60 jours calendaires |
|
Sanction en cas de non respect |
Amende DGCCRF |
Pénalités de retard |
Quels sont les délais de paiement entre professionnels ?
Délai de paiement entre professionnels : 30 jours par défaut
Par défaut, le délai de paiement entre professionnels est de 30 jours à compter de la réception de la facture ou des marchandises (article L441-10 du Code de commerce).
60 jours ou 45 jours fin de mois : les conditions de paiement autorisés
Les parties peuvent convenir d’un délai plus long, dans la limite de :
- 60 jours calendaires à compter de la date d’émission de la facture ;
- 45 jours fin de mois à compter de cette même date.
Ces délais de paiement doivent figurer expressément dans les CGV ou dans le cadre d’un contrat. Sans mention écrite, ils ne sont pas opposables.
Comment calculer 45 jours fin de mois : méthode et exemple
Le calcul est moins intuitif qu’il n’y paraît, et deux méthodes coexistent en pratique. Le résultat peut varier de plusieurs semaines selon celle retenue.
Méthode 1 : date de facture + 45 jours, puis fin de mois
C’est la lecture la plus favorable au fournisseur.
Facture émise le 10 mars :
- On ajoute 45 jours au 10 mars : on arrive au 24 avril
- On reporte à la fin du mois d’avril : échéance le 30 avril
Méthode 2 : fin du mois d'émission + 45 jours
C’est la lecture la plus favorable au client.
Facture émise le 10 mars :
On prend la fin du mois d’émission : 31 mars
On ajoute 45 jours : échéance le 15 mai
Soit 15 jours d’écart entre les deux méthodes sur le même exemple. Cet écart n’est pas neutre pour la trésorerie de l’entreprise, surtout sur des volumes importants.
La méthode applicable doit être explicitement stipulée dans le contrat ou les CGV. En cas de silence, chaque partie applique la lecture qui l’arrange, et le litige est quasi garanti.
Existe-t-il un délai maximum pour facturer ?
Aucun texte ne fixe de délai maximum absolu pour émettre une facture. Mais deux limites encadrent la situation concrètement.
Peut-on facturer un ou deux ans après une prestation ?
Juridiquement, oui, tant que la créance n’est pas prescrite. Fiscalement, le manquement est constitué dès le mois suivant.
Une facture tardive reste valable mais expose à une remise en cause de la TVA, à une sanction (amende…), à une contestation client et à une fragilisation du dossier en cas de contrôle.
Vous souhaitez en savoir plus ? Consultez notre article dédié : peut-on facturer un an après une prestation ?
Délai de prescription des factures : ce que dit la loi
La prescription est le délai au-delà duquel vous perdez le droit de réclamer le paiement :
- B2B (entre professionnels) : 5 ans (article L110-4 du Code de commerce) ;
- B2C (avec un consommateur) : 2 ans (article L218-2 du Code de la consommation).
Quelles sanctions en cas de non-respect du délai de facturation ?
Le non-respect des obligations de facturation prévues par l’article L. 441-9 du Code de commerce peut entraîner une amende administrative dont le montant peut aller jusqu’à 75 000 € pour une personne physique et 375 000 € pour une personne morale.
En cas de mention omise ou inexacte, une sanction est également prévue. L’amende est de 15 € par mention, dans la limite de 25 % du montant de la facture.
Réduire ses délais de facturation pour booster sa trésorerie
Chaque jour qui sépare la prestation de la facture est un jour de trésorerie perdu. Une facture émise 30 jours après la prestation décale d’autant le déclenchement du délai de paiement.
Si le client paie à 30 jours, l’encaissement intervient 60 jours après la livraison. Sur une base mensuelle de 50 000 euros de chiffre d’affaires, chaque semaine de retard à la facturation représente environ 12 500 euros de trésorerie immobilisée.
Facturer au fil de l’eau raccourcit le cycle encaissement et réduit le besoin en fonds de roulement, sans toucher aux prix ni aux délais clients.
Comment optimiser vos délais de facturation (et éviter les erreurs)
Automatiser l'émission des factures
Un logiciel de facturation permet de créer une facture en quelques minutes à partir du devis ou du bon de commande, sans ressaisie. Les factures récurrentes peuvent être programmées et générées automatiquement à date fixe, ce qui supprime le principal facteur d’oubli. Pour les missions avec versement partiel, une facture d’acompte peut être émise dès le démarrage.
Suivre les délais et relancer automatiquement
Piloter sa facturation de mémoire expose aux oublis. Un outil adapté offre une vue en temps réel sur les prestations livrées non encore facturées, les échéances à venir, le montant des factures échues et les retards clients. Les relances peuvent être déclenchées automatiquement, sans intervention manuelle.
Anticiper la facturation électronique obligatoire
La réforme de la facturation électronique entre en vigueur progressivement à partir de septembre 2026. Toutes les entreprises devront être capables de recevoir des factures électroniques dès cette date. L’obligation d’émission suit en deux temps : septembre 2026 pour les grandes entreprises et les ETI, septembre 2027 pour les PME et TPE.
Au-delà de la conformité, la facturation électronique raccourcit le cycle de facturation : chaque document est horodaté, transmis via une plateforme agréée et traçable. Pour comprendre les étapes par lesquelles passe une facture électronique, consultez notre article sur le cycle de vie des factures électroniques, ainsi que notre guide sur la facture électronique et contrôle fiscal.
Vous cherchez un logiciel de facturation adapté à votre activité ? EBP vous permet de générer des factures conformes en quelques clics, de suivre vos échéanciers clients et d’anticiper la facturation électronique obligatoire dès septembre 2026.
Délai de facturation : les questions fréquentes
Quel est le délai de prescription pour facturer une prestation ?
La facture doit être émise dès la réalisation de la prestation ou de la livraison (article 289 du CGI). La facturation mensuelle récapitulative est autorisée entre professionnels, à condition d’être émise au plus tard à la fin du mois suivant.
Quelle est la différence entre délai de facturation et délai de paiement ?
Le délai de facturation indique quand émettre la facture (dès la prestation). Le délai de paiement indique quand le client doit régler (30 jours par défaut, 60 jours maximum entre professionnels) sous peine de se voir infliger des pénalités de retard.
Comment calculer une échéance de paiement à 45 jours fin de mois ?
On ajoute 45 jours à la date d’émission de la facture, puis on reporte à la fin du mois obtenu. Exemple : facture du 10 mars + 45 jours = 24 avril → échéance au 30 avril.
Les délais de paiement varient-ils selon les secteurs d'activité ?
Oui, certains secteurs d’activité obéissent à des délais spécifiques encadrés par la loi, indépendamment des accords contractuels. C’est notamment le cas des produits alimentaires périssables, du transport ou de certains secteurs à forte saisonnalité. Ces délais sont à vérifier selon votre activité, directement sur Légifrance ou auprès de votre fédération professionnelle.
Comment un logiciel de facturation permet-il de sécuriser les délais ?
Il automatise la création et l’envoi des factures, programme les relances et alerte en cas de retard. Pour les missions longues, il permet d’émettre une facture d’acompte dès le démarrage, et de sécuriser l’application des mentions légales sur les factures.
Pendant combien de temps peut-on réclamer une facture impayée ?
Le délai au-delà duquel vous perdez le droit de réclamer le paiement varie en fonction du type de client que vous facturez : 5 ans entre professionnels (B2B), 2 ans avec un consommateur (B2C). On parle aussi de délai de prescription d’une facture.